55 % des avocats collaborateurs de cabinets anglo-saxons qualifient leur stress d ’ingérable » avec un pic chez les seniors.
- Samia Bounoua Debeine

- 5 févr.
- 2 min de lecture

(Chambers, nov. 2025).
En 2018, ils étaient 82 % à se dire « régulièrement » ou « occasionnellement » stressés.
𝗤𝘂𝗲 𝗿𝗲́𝘃𝗲̀𝗹𝗲 𝗰𝗲 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝘀𝗲́𝗺𝗮𝗻𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 ?
La tentation est grande d’expliquer ce glissement par des arguments générationnels : rapport différent au travail, attentes accrues en matière d’équilibre, expression plus explicite des limites.
Si les générations évoluent, cette lecture ne suffit toutefois pas à expliquer un basculement aussi net du vocabulaire.
En France, les enquêtes montrent depuis 2018 une amélioration continue de l’équilibre vie pro/vie perso (+ de flexibilité, - de week-ends ou de soirées travaillés) la satisfaction déclarée passant de 41 à près de 60 % aujourd’hui.
(LJA 2018 ; CNB/Viavoice 2022–2024)
Dans le même temps, les enquêtes anglo-saxonnes n’indiquent pas de dégradation de l’équilibre. Les séries disponibles montrent en outre que le volume d’heures travaillées n’a pas augmenté et tend même à reculer.
(Thomson Reuters Institute, State of the Legal Market)
Le durcissement du vocabulaire intervient donc alors même que l’équilibre progresse ou se stabilise.
Ce n’est pas tant la durée du travail qui est en cause que la densité de la charge dans un cadre organisationnel resté inchangé : une complexité croissante concentrée dans un temps de travail plus contraint.
Le stress perçu est d’ailleurs faiblement corrélé au volume horaire pris isolément. Il est en revanche lié à la concentration des responsabilités sur un nombre restreint de profils expérimentés : production, supervision, relation client, structuration des dossiers, développement et portage de la transformation.
Seniors, counsels 𝗲𝘁 𝗮𝘀𝘀𝗼𝗰𝗶𝗲́𝘀 se situent au point de convergence de ces exigences.
Le « 𝗷𝗲 𝗻’𝗮𝗶 𝗽𝗮𝘀 𝗹𝗲 𝘁𝗲𝗺𝗽𝘀 𝗱𝗲 𝗱𝗲́𝘃𝗲𝗹𝗼𝗽𝗽𝗲𝗿 » qu’ils expriment n’est pas un désengagement, mais le symptôme d’organisations n’ayant pas repensé la distribution de la charge.
Les cabinets qui tiennent dans la durée présentent des différences de pilotage nettes :
> ils cherchent moins à réduire la pression qu’à la rendre lisible ;
> ils disposent d’une lecture régulière de la charge et arbitrent plus tôt ;
> ils équilibrent mieux les rôles entre profils expérimentés ;
> ils alignent leurs fonctions support (marketing, RH, finance) pour piloter l’activité.
Ce cadre redonne des marges de soutenabilité.
Le passage d’un « stress fréquent » à un « stress ingérable » ne dit pas que les avocats ont changé, mais que certaines organisations ne jouent plus leur rôle d’amortisseur.
La question n’est pas de savoir si la pression est élevée, mais si elle est pilotable.
Votre organisation dispose-t-elle des leviers nécessaires pour arbitrer la charge des profils expérimentés avant qu’elle ne devienne ingérable, ou seulement pour en constater les effets une fois le seuil franchi ?

Commentaires