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20 000 juristes inscrits au dernier webinaire d'Anthropic.

Je viens de le regarder. Ce qui m'a interpellée ne sont pas les nouvelles fonctionnalités, mais le choc qu'elles présupposent pour les cabinets d'avocats.

 

Trois signaux m'ont frappé.

 

𝗟𝗲 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿 𝗲𝘀𝘁 𝘂𝗻 𝗽𝗶𝘃𝗼𝘁 𝗰𝘂𝗹𝘁𝘂𝗿𝗲𝗹, sans doute le plus grand frein dans les cabinets. Jusqu'ici, l'IA générative s'utilisait comme un simple chat : on pose une question, elle répond, on copie-colle dans Word.

Mark Pike, chef de produit Legal d'Anthropic, annonce autre chose. Claude ouvre désormais vos dossiers, lit vos emails, modifie vos documents, exécute des tâches programmées.

On ne demande plus, on confie.

Le saut paraît technique, il est en réalité culturel. Confier une tâche entière à une machine suppose un lâcher-prise auquel les avocats français ne sont pas tous préparés. Le précédent saut, poser une question à une machine, était mineur en comparaison.

 

𝗟𝗲 𝗱𝗲𝘂𝘅𝗶𝗲̀𝗺𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗹'𝗮𝘃𝗲𝘂 𝗱'𝘂𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗾𝘂𝗶𝗹𝗹𝗲 𝘃𝗶𝗱𝗲. Marc présente son Plugin et avoue dans la même phrase : "ne l'utilisez pas tel quel". L'outil n'a de valeur que si on y injecte sa propre méthode : sa façon de relire un contrat, de hiérarchiser les risques, de structurer une consultation. Les cabinets qui n'ont jamais analysé leur process n'auront rien à y mettre. L'IA n'invente pas de méthode, elle amplifie celle qui existe. Le vrai travail préalable est donc introspectif. Que fait-on, comment, selon quels critères, quel est notre savoir-faire ? Et surtout, suis-je d'accord pour le confier à une machine ? Sans ce travail, l'outil tourne à vide.

 

𝗟𝗲 𝘁𝗿𝗼𝗶𝘀𝗶𝗲̀𝗺𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗹𝗲 𝗱𝗲́𝗰𝗮𝗹𝗮𝗴𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗼𝗻 𝗹𝗮𝘄 𝗲𝘁 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁 𝗳𝗿𝗮𝗻𝗰̧𝗮𝗶𝘀. Le Plugin Legal d'Anthropic livre 6 Skills et 0 Playbook.

Une Skill dit à Claude comment exécuter une tâche : revue de contrat, qualification de NDA, évaluation des risques. Un Playbook, c'est votre référentiel « maison » : ce qu'on accepte, ce qu'on refuse, les seuils d'alerte, les formulations types.

Sans Playbook, la Skill tourne sur des "standards commerciaux généraux" du marché US.

Un cabinet français qui l'installe n'a donc qu'un squelette. Charge à lui d'y construire ses propres méthodes et standards appliqués au droit français.

 

Ce que ce webinaire dit entre les lignes, c'est qu'une fracture arrive.

 

L'outil sera certes utilisé par tous mais ceux qui accepteront de décomposer leur savoir-faire pour qu'une machine puisse l'exécuter seront en wagon de tête. Et cen’est pas une question de taille, mais d'agilité.

 

A ceux qui déplorent la standardisation du droit, j'oppose l'inverse.

Car c'est précisément ce que cette technologie, bien employée, vient déjouer : elle n'impose pas un standard, elle exécute la méthode propre à chaque cabinet.

 

Encore faut-il l'avoir formalisée. Acheter un outil ne suffira pas, la vraie valeur sera dans la qualité du sur-mesure construit en amont, souvent avec un tiers.

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